L’initiative Ecopop appelle les Suisses à réduire drastiquement le solde migratoire (+17000 par an) et à consacrer 10% de l’aide au développement à des projets de planification familiale dans les pays du Sud, tout ceci dans une perspective de développement durable. L’économiste du développement ne peut que s’étonner des trois erreurs qui sont à la base de ce texte.La première est de n’attribuer la destruction des ressources naturelles qu’à la quantité de population. Un étudiant de bachelor sait que celle-ci est partout le fruit de la conjugaison de trois phénomènes: le nombre d’habitants certes mais aussi dans une plus large mesure le type de techniques utilisées et le mode de consommation de la population. Nous avons déjà parlé dans cette chronique de l’urgence qu’il y a à utiliser en Suisse des techniques plus protectrices de l’environnement et à adopter des styles de vie plus sobres, sans quoi la faible augmentation de la population prônée par Ecopop ne servirait strictement à rien.La deuxième erreur consiste à croire qu’on peut freiner brutalement l’immigration sans dégâts collatéraux graves pour l’économie en particulier les services aux personnes, le tourisme et l’agriculture. La Suisse fait actuellement massivement venir des médecins et des infirmières étrangers par exemple. Elle peut corriger avec le temps cette pratique mais elle faudra pour cela qu’elle investisse massivement dans la formation. La transition mettra dix ans. En attendant que feront les malades ou les personnes âgées qui seront privées de personnel soignant ? En économie les transitions y compris démographiques demandent du temps. On ne peut les réaliser par le seul vote d’un dimanche de novembre.La troisième erreur est la plus grossière. Elle consiste à croire que l’affectation de certaines ressources financières à la planification familiale changera la situation démographique en Afrique ou en Asie du sud. Cette croyance ne peut être que le fait de personnes qui ne connaissent pas la situation de ces régions. Tous les experts savent que la fécondité n’est maîtrisée que si les filles sont éduquées et que les mariages précoces sont prohibés. Les autres politiques sont impuissantes à responsabiliser les parents. Et que dirions-nous si des coopérations étrangères venaient financer chez nous des programmes de restriction des naissances ? Cette proposition a un relent de néocolonialisme nauséabond.Sur ce sujet nous devons nous réjouir de l’attribution du prix Nobel de la paix à Malala Yousafzai et Kailash Satyarhi pour leur combat contre l’oppression des enfants et le droit de ces derniers à l’éducation. Ces deux personnalités ont ouvert la voie à un vrai développement durable dans leur pays. Les partisans d’Ecopop devraient consacrer leur énergie à soutenir les programmes favorables à ce droit à l’éducation plutôt que de nous faire voter sur une initiative dangereuse et inefficace.
Jean-Jacques Friboulet