Pour les Kasaïens, le mal du pays se loge dans des endroits étonnants, jusque dans la viande de chèvre.En attendant l’arrivée d’un avion qui ramène mes confrères de Kinshasa à Kananga, je suis attablé dans une paillote devant l’aéroport.
Je vois arriver un homme sur une moto avec un fût en plastique vide, puis un autre sur une autre moto avec une chèvre vivante, puis une maman avec un couteau. On m’explique :Juste avant l’arrivée des avions qui retournent à Kinshasa, il arrive fréquemment que des quidams tuent une chèvre devant l’aéroport, mettent la viande dans un fût en plastique, entourent le fût en plastique de forts et épais rubans adhésifs et envoient le tout à Kinshasa en bagages accompagnés.... La dame au couteau repasse devant moi avec son salaire : une casserole pleine du sang de la chèvre sacrifiée !...C’est que la viande d’une chèvre du Kasaï qui a mangé l’herbe de la savane du Kasaï sur les collines du Kasaï, n’a rien à voir - question goût et consistance - avec la viande d’une chèvre nourrie dans une concession poussiéreuse d’émigrés kasaïens de Kinshasa, là-bas, à 1000 km au bord du grand fleuve Congo.Cela me fait penser à ce bout de psaume : « Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions nous souvenant de Jérusalem », de ses collines, de ses chèvres et de son herbe... Il y a une nostalgie fondamentale en l’homme, un besoin d’une nourriture fondamentale, qui tire son goût des profondeurs de l’Etre et qui nourrisse non seulement le corps de l’homme mais son cœur !