Mon expérience à travers la vie m’a appris que chaque part d’humanité, où qu’elle soit, n’est pas meilleure ni pire qu’une autre. La barbarie glisse ses ombres un peu partout. La culture et l’évangile montrent leurs rayons de lumière partout aussi !Avant mon expérience d’Afrique, j’avais l’idée que la vie familiale y était plus solide et que ses assises étaient mieux affirmées dans le respect de chacun, petit ou grand, jeune ou vieux. Je n’en suis plus si sûr. Partout, en Europe comme en Afrique ou ailleurs, il y a du chemin à faire pour que l’être humain soit vraiment respecté de ses débuts jusqu’à sa fin.Dans la brousse congolaise, j’ai fait l’expérience de l’ombre et de la lumière.Une humble communauté nouvelle de sœurs tient un petit orphelinat et la partie maternité de l’hôpital de brousse qui se trouve près du couvent et de l’église paroissiale dans le style le plus pur et le plus délabré de l’architecture missionnaire belge (à Ndekesha, diocèse de Luebo).Une jeune sœur est en train de donner le biberon à un de ses « enfants », un bébé de 3 mois. Elle me raconte. L’enfant a été abandonné à la maternité lors du décès de sa maman, alors nous l’avons gardé chez nous avec les autres. C’est aussi simple que cela.Dans la culture de cette région, l’enfant est responsable de la mort de sa mère en couche et on l’abandonne à son sort. La famille vient chercher à l’hôpital le corps de la maman pour mener le deuil mais ne se préoccupe en rien de l’enfant... La sœur me raconte même qu’elle avait une amie qui avait perdu sa sœur en couche dont l’enfant était justement à l’orphelinat du couvent. Lors d’une visite, elle lui demande : « Veux-tu voir ton neveu ? » La réponse est nette : « Non, il a tué ma sœur ! ».Une ombre passe sur le front de la jeune religieuse. Puis une lumière dans ses yeux. L’enfant qu’elle tenait dans ses bras lui avait souri.