Un homme, une bombe, deux armes… Et c’est Oslo chagrin. Un voile de tristesse recouvre le pays des fjords. Près de 80 personnes sont mortes fauchées sur l’île d’Utoya par les tirs d’un homme sans scrupules, Anders Behring Breivink, également poseur d’une bombe dans la capitale.
A la douleur s’ajoute la stupeur. Un pays paisible est frappé en plein cœur. Une nation, petite par la taille, mais engagée dans le pacifisme: depuis le 22 juillet, la Norvège, pays du Nobel de la Paix, vit un cauchemar. Comment retrouver la sérénité après un tel drame?
Les motivations du meurtrier? Lutter contre l’islam, dénoncer le multiculturalisme et les compromis de la gauche… Ce «croisé» des temps modernes a longuement développé ses idées extrêmes sur 1500 pages d’un site Internet. En se rendant à la police, il espère bénéficier d’un procès pour propager ses thèses. L’Europe du XXe siècle a suffisamment souffert du nazisme pour savoir ce qu’il en coûte de céder aux sirènes de la prétendue supériorité aryenne. Mais ces idées «brunes» continuent, hélas, de séduire. Une attention soutenue doit être accordée à ces rêveries de tueurs solitaires qui évoquent un monde blanc idéal, pur, débarrassé de toute influence extérieure.
L’autre aspect troublant de cette affaire est l’appellation de «fondamentaliste chrétien», utilisée pour qualifier Anders Behring Breivink. Le combat de ce tueur n’a rien de chrétien. Le titre est invoqué pour marquer l’opposition au fondamentalisme musulman. Les extrêmes se rejoingnent. Mais le trouble naît du fait que toute démarche croyante est ainsi perçue comme incitant à la violence. Tout croyant devient suspect. Cet aspect génère le rejet de toute forme de transcendance. Et conforte l’idée d’une séparation entre la foi et la raison. Comme si croire en Dieu empêchait d’être sensé. Seule la force de l’amour peut défaire les tentacules de la mort. C’est là la leçon d’un triste vendredi de juillet.Bernard Litzler