Notre-Dame du Kasaï, Congo. L’autre jour à table, nous parlions de nos champs, qui ne vont pas très bien. C’est la saison des pluies mais il pleut très insuffisamment et les cultures souffrent, particulièrement le maïs.Jusque-là, malgré tous les malheurs du Congo, je me raccrochais à cette idée qu’au moins «ici tout pousse» et qu’on peut faire deux récoltes par année...Un confrère relate alors une discussion qu’il a entendue à Kananga: il paraîtrait que, considéré à une échelle continentale et sur plusieurs années ou dizaines d’années, le changement climatique induit une désertification qui menace tout l’ouest de la République. Les provinces du Bas-Congo, du Bandundu et du Kasaï occidental seraient particulièrement dans l’œil de ce cyclone sec!Et un autre confrère de lancer: «Mais où vons-nous!» Prise au deuxième degré c’est une expression franco-congolaise qui dit la difficulté des temps. A Kinshasa, les personnes pas trop scolarisées - et jouant avec une conjugaison aussi poétique qu’approximative - la lancent quand elles veulent montrer que tout va de mal en pis. C’est-à-dire souvent.Les temps sont de toutes façons difficiles. Déjà en temps normal c’est toute une histoire de travailler ses champs pour faire des récoltes et des provisions qui nourrissent toute la famille. Si en plus, le paramètre du changement climatique s’invite sur les calendriers de l’avenir, où vons-nous?Quant à savoir qui sont les responsables de ce changement de climat, je n’ai pas aujourd’hui le courage d’y penser. Il fait trop chaud.PS : Au moment où j’écrivais ces lignes, j’apprenais que 92 clandestins essentiellement des femmes et des enfants sont morts de soif, fin octobre, dans le Sahara entre Agadèz (au Niger) et Tamanrasset (Algérie). Ils fuyaient la misère du Sud du Niger, un des pays les plus pauvres du monde et qui doit faire face à une sécheresse dans ses zones agricoles du sud. Il ne semble pas que ces infortunés visaient en premier lieu l’Europe, mais simplement les villes d’Algérie, où ils espéraient mieux vivre... grâce à la mendicité.D’après l’ONU, près de 5 000 migrants ouest-africains, dont de nombreux Nigériens, ont transité chaque mois entre mars et août 2013 par Agadez.La lutte contre le réchauffement climatique et l’avance du désert au sud du Sahara ainsi que l’aide intelligente au développement des pays désolés du Sahel, c’est la part que l’Europe doit faire en conscience si elle veut préserver une de ses valeurs fondamentales : l’idée que l’humanité est fondamentalement une et que le destin du plus faible est solidaire du destin du plus fort. Ce n’est pas en se désintéressant de ce qui se passe ailleurs qu’on promeut les valeurs intérieures.
Il y a des grenades qui se dégoupillent toutes seules.Pape François, le 1e novembre : "De manière spéciale, je prierai pour tous ceux de nos frères et sœurs, hommes, femmes et enfants, morts victimes de la faim, de la soif, de la fatigue dans leur chemin pour trouver des conditions de vie meilleures. Ces jours-ci, nous avons vu sur les journaux ces images du désert cruel. Faisons tous en silence une prière pour ces frères et sœurs"