L’être humain est ainsi fait qu’il souhaite prévoir son avenir. Ce besoin fait le bonheur des astrologues et des diseuses de bonne aventure depuis la plus haute antiquité. Les économistes ne se distinguent pas du commun des mortels. Ils font des prévisions tout en sachant que celles-ci sont très souvent erronées. Par exemple depuis 2008 le FMI, qui donne force recommandations au gouvernement grec, s’est systématiquement trompé quant aux prévisions relatives à ce pays. Les prévisions donnent aux pouvoirs publics et aux décideurs l’illusion de contrôler leur destin et c’est pour eux l’essentiel.L’économiste en chef de l’UBS, A Höfert, rappelle cette anecdote qui se déroule pendant la 2ème guerre mondiale. K Arrow, futur prix Nobel d’économie, s’occupait de questions météorologiques pour l’armée américaine. Il envoya une note à son général, précisant que les prévisions étaient la plupart du temps erronées et qu’il serait plus sérieux d’utiliser l’argent dépensé à d’autres fins. Le général lui répondit que, certes les prévisions météorologiques étaient presque toujours fausses, mais qu’il en avait besoin pour sa planification.Pour quelles raisons les prévisions en économie sont-elles peu fiables? La première est liée à l’instabilité des marchés. Un exemple est celui du marché du pétrole dont le prix est à son plus bas niveau depuis 2009. Aucun prévisionniste important n’avait prévu cela en début d’année. L’instabilité des marchés n’est pas négative en soi. Elle l’est pour certains biens vitaux dont les marchés doivent être régulés.La seconde raison est la liberté humaine qui se traduit dans des décisions imprévisibles. Celles-ci échappent à la rationalité de l’homo oeconomicus et, dans notre monde globalisé, ont des répercussions jusqu’aux extrémités de la planète. L’être humain ne cherche pas systématiquement à maximiser son gain immédiat en économisant les moyens utilisés. Dans notre société de consommation les gaspillages sont légion. Mais il existe aussi des comportements empathiques et altruistes. Cette liberté de comportement est essentielle à la personne mais elle est une source d’incertitude en économie.Si les prévisions sont très souvent fausses en économie, que pouvons-nous faire? Il s’agit de pratiquer notre devoir de prévoyance. C’est ce qu’on fait nos prédécesseurs en créant les assurances sociales et en favorisant la mutualisation des risques. C’est ce qu’essaie de faire chacun d’entre nous en ouvrant un carnet d’épargne. A ce niveau la qualité des institutions est essentielle. Celle des institutions publiques qui doivent ménager le futur. Celle des familles ensuite qui sont le premier lieu de la solidarité vécue face aux aléas de la vie. L’Eglise a raison de la défendre dans la durée car la fragilisation de la famille et le développement de la solitude dans les villes est une cause majeure de pauvreté et de peur face à l’avenir.
Jean-Jacques Friboulet