Un vif débat a lieu aujourd’hui dans notre pays à propos de l’initiative sur le salaire minimum. Le Parti socialiste et Unia y sont très favorables. Les représentants des employeurs s’y opposent, de même que de façon plus surprenante le syndicat des employés.
Quels repères éthiques et économiques peut-on utiliser pour prendre position sur cet objet? Il faut d’abord se référer à l’objectif même du salaire minimum. Il s’agit de permettre à une personne salariée d’avoir les ressources strictement nécessaires pour vivre en Suisse. Idéalement ce seuil de ressources devrait être fixé par les conventions collectives. Mais dans notre pays moins d’un salarié sur deux est couvert par ces conventions. La fixation légale d’un salaire-plancher est donc un pis-aller qui résulte des défaillances du partenariat social.Quelle somme faut-il aujourd’hui pour vivre dans nos régions? Surgit à ce niveau la première grande difficulté. Le montant n’est pas le même pour Zürich et Lausanne ou pour Lausanne et Romont. La différence tient essentiellement aux différences de loyer mais pas seulement. Certains prix sont fixés par les distributeurs en fonction de la concurrence et du pouvoir d’achat locaux. Le coût de la vie est généralement très supérieur dans les grandes villes à ce qu’il est dans les petites cités ou les communes rurales.
Pour définir un salaire minimum national, il faut donc calculer une moyenne au niveau suisse. Mais cette moyenne a toutes les chances d’être injuste. Les 4000 francs proposés dans l’initiative sont insuffisants pour vivre en ville de Genève; ils sont plus que suffisants dans une commune rurale ou le loyer d’un petit appartement sera inférieur à F 1000. La logique du salaire minimum voudrait donc qu’il soit fixé par région de façon à coller à la réalité du pouvoir d’achat. C’est ce que les mesures d’accompagnement proposaient pour les cantons frontaliers afin d’éviter la sous-enchère salariale et qui n’a malheureusement pas été mis suffisamment en œuvre. C’est également la proposition que le Conseil d’Etat neuchâtelois a élaborée suite au vote populaire et qui devrait devenir réalité cette année pour un tarif horaire de F 20. Toute surenchère à ce niveau peut être dommageable à l’emploi.Un salaire fixé au niveau national présente un autre inconvénient. Il risque de devenir un point de référence qui va écraser l’échelle des salaires et la tirer vers le bas. C’est ce qui s’est passé en France avec le SMIC. Celui-ci a provoqué le resserrement de l’éventail des petits salaires et des salaires moyens. Un salaire minimum national devient un enjeu politique qu’il est très difficile de faire évoluer dans le temps en fonction du coût de la vie.Faut-il pour autant ne rien faire et laisser certains salaires être fixés en-dessous du minimum nécessaire à la vie? La réponse est évidemment non. Il faut donc choisir la moins mauvaise solution. Celle d’un salaire minimum fixé au niveau cantonal, qui respecte les diversités des situations économiques des différentes régions de la Suisse.