Retour de congés. Une occasion pour s’émerveiller de la nature dont chacun de nous peut profiter grâce à un été généreux. Occasion aussi pour se remémorer les dégâts observés sur notre terre du fait de certaines activités humaines, que ce soit l’état des fleuves et des mers ou la fonte des glaciers. Cette terre si belle mais aussi si fragile nous incite à réfléchir sur notre mission de jardinier du monde. Quand j’étais enfant, on insistait beaucoup au catéchisme sur la phrase-titre de cette chronique: « remplissez la terre et dominez-la ». On raisonnait comme si le monde avait été créé par le Père une fois pour toutes et comme si les êtres humains avaient la mission d’y imposer leur loi sur les végétaux et les animaux. Une partie du monde économique en a déduit en toute bonne foi que l’homme avait reçu un blanc-seing pour exploiter la terre.Il est utile de détailler les dégâts résultants de cette interprétation de la Bible. Dégâts pour la famille tout d’abord car certains théologiens en ont déduit que la tâche essentielle du couple était la procréation. Ainsi l’Eglise a-t-elle enseigné, jusqu’au milieu du XXème siècle, que la mission essentielle des parents était de faire des enfants, alors qu’elle est de faire fructifier et de transmettre autour d’eux l’amour et le pardon reçu du Père. Dégâts matériels ensuite car au nom d’une prétendue supériorité de la personne sur la nature, notre civilisation occidentale s’est sentie autorisée à ne pas respecter les logiques naturelles et à piller sans vergogne les ressources de la terre chez nous et outremer. Nous ne sommes pas tout à fait sortis de cette logique quand on constate encore notre frénésie à consommer certaines ressources non-renouvelables.La réflexion conduit à observer que dans ce récit extrait du premier chapitre de la Genèse, l’être humain est créé en dernier (le sixième jour) après que le Créateur ait formé les autres éléments de l’univers. L’Homme n’est donc pas premier et les circonstances de sa naissance ne sont pas différentes de celles des animaux et des végétaux. La seconde observation concerne la phrase citée plus haut. Remplir et dominer sont des actes de création qui doivent être réalisés à la manière de ceux du Père, par amour. On doit comprendre cette mission à la lumière de la phrase qui précède « Dieu créa l’homme à son image, à son image il le créa ». Il n’y a pas ici de toute puissance de l’homme mais au contraire la responsabilité de poursuivre la tâche de la création à l’image de Dieu révélée par le Christ. Enfin ce récit culmine dans le septième jour, celui du sabbat, jour de repos y compris pour les animaux. Le sabbat fait partie intégrante du processus de création. Il signifie que Dieu est source de toute vie. C’est une des raisons pour laquelle l’Eglise insiste tant sur le respect du dimanche dans nos sociétés contemporaines.Ces observations montrent à quel point la vision d’un homme tout puissant chargé de remplir et de dominer la terre est contraire à la conception chrétienne. Cette toute puissance imaginaire de la personne sur la création est le corollaire de la fausse image d’un Dieu tout puissant qui ne respecterait pas la liberté humaine. Dans ce sens la crise écologique que nous connaissons, autrement dit le déséquilibre de nos relations avec le monde naturel n’est que le reflet d’une crise spirituelle : notre volonté de croire que nous sommes source de la vie alors que celle-ci nous vient du Père.
Jean-Jacques Friboulet