La votation sur l’immigration de masse va marquer la vie de notre pays pour plusieurs années. La situation est en en effet très différente de celle du refus de l’Espace économique européen en 1992. A cette époque il s’agissait du refus d’une nouvelle législation. Aujourd’hui la question à l’ordre du jour est celle du détricotage d’une législation en vigueur, détricotage d’autant plus ardu qu’il doit être pratiqué sous la menace de la clause guillotine imposée par l’Union européenne. Ce n’est pas seulement la législation sur la libre circulation qui va être remise en cause mais probablement d’autres textes selon le bon vouloir de Bruxelles. La Suisse va chercher à faire valoir ses arguments mais la tâche de nos diplomates sera très difficile. Contrairement à ce que croient certains, notre pays est sur ce dossier en position de faiblesse. «Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts» disait le Général de Gaulle. Nous allons le vérifier dans les prochains mois.Une contrepartie positive du vote de dimanche est de nous faire réfléchir à l’idée même de libre circulation des travailleurs. Les Etats totalitaires (Union soviétique, Allemagne nazie, Chine communiste jusque dans les années récentes) s’y sont toujours opposés à l’intérieur de leurs frontières. Et c’est un mérite des démocraties de l’avoir imposé chez elles conformément à l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. L’Union européenne et la Suisse ont voulu aller au-delà en instaurant cette liberté entre les Etats. On a beaucoup entendu depuis dimanche que cela constituait une contrepartie du libre-échange des marchandises et des capitaux. Cette affirmation résulte d’une confusion entre les objets et les personnes. La question de la libre circulation des personnes n’est pas seulement économique. Elle est d’emblée politique. L’UDC l’a compris et a su en faire son principal cheval de bataille. La dimension politique de la libre circulation est à la fois sa nouveauté et son talon d’Achille. Les travailleurs de l’UE sont des personnes qui ont une dimension sociale et une identité contrairement aux ordinateurs chinois ou aux devises. S’ils s’exportent, ils sont des étrangers. Se pose alors la question de leur place dans le pays d’accueil. C’est à cette question qu’il aurait fallu répondre avant de constater que 80'000 entrées annuelles de travailleurs en Suisse cela faisait vraiment beaucoup trop.La conclusion est que la libre circulation telle qu’elle est actuellement pratiquée est une idée fragile qui sera contestée dans d’autres pays européens. La logique aurait voulu qu’on y adjoigne un volet politique mais les Etats n’en ont pas eu la volonté ni le courage. Il s’ensuit que les travailleurs émigrant à l’intérieur de l’Europe vont garder dans l’avenir un statut précaire soumis aux aléas de la conjoncture économique et politique.