Les 100 jours du pape François! Quelle belle invention journalistique que celle de compter les jours de pontificat. A l’instar d’un homme politique (plutôt en régime démocratique) au mandat compté, les premiers pas du nouveau pontife sont passés au crible, ces jours-ci. Comme si son mandat était mathématiquement balisé. Il ne resterait plus que 1000 jours, plus que 2000 ou 4000? Difficile à dire.
Puisque, après trois mois étonnants, «le régime des 100» jours semble de mise appliquons-en un autre, «le régime des sans».- sans peur: François n’a pas craint, dès le début, de prendre à contrepied de règles vaticanes (qui ne sont souvent que des habitudes). Il va son chemin, peu sensible à ceux qui trouvent son style trop novateur ou pas assez romain;- sans barrière: la «touche François» fonctionne à merveille. Un homme simple, qui n’habite pas les appartements pontificaux, qui partage les repas avec des employés du Vatican comme avec les membres de la Curie, qui embrasse les personnes handicapées, lève bien des lourdeurs. Cette simplicité contagieuse vivifie et provoque l’élan. L’Eglise impose au monde une nouvelle vision de sa direction.- sans flatterie: en appelant les chrétiens à être révolutionnaires, en répétant sa proximité avec les pauvres, en priant les évêques italiens de ne pas être des «fonctionnaires paresseux», François bouscule, surprend, ose;- sans langue de bois: ses prises de parole ont déjà valu des commentaires et des «fuites». Entre la parole officielle, dans les audiences et homélies, et celle des confidences, un nouveau style se fait jour. Cette spontanéité rafraîchit la prise de parole. Les médias ne s’y trompent pas, ni Tweeter, dont les messages sont passés de deux à sept millions de «suiveurs» quotidiens;- sans faute: le côté providentiel de sa nomination s’efface devant l’humilité d’un homme qui ne cache pas ses limites. Le paradoxe provient de cette situation inédite: plus il annonce son indignité, plus il se rend populaire. Car «le serviteur des serviteurs de Dieu» (un des titres officiels de l’évêque de Rome) n’a jamais aussi bien porté son nom;- sans stress: la gouvernance François surprend. La nomination d’un conseil de cardinaux pour l’assister rend soudain le gouvernement de l’Eglise plus collégial. Des décisions sont attendues, mais sans pression inutile.- sans rupture: la continuité entre Benoît XVI et François est évidente. Elle ne surprend que ceux qui avaient classé Joseph Ratzinger du côté des dirigeants sans vision et sans parole consistante. Homme du retour aux fondamentaux, le pape émérite doit vivre un vrai bonheur en la personne de son successeur.
Alors, un vœu pour tes 100 jours, pape François, garde ton sang froid!Bernard Litzler