La Suisse frise les 8 millions d’habitants. Un chiffre remarquable, atteint l’an prochain, annonce l’Office fédéral des statistiques. Avec un solde positif de 80'000 personnes chaque année, le «nain helvète »croît sans cesse.
Ailleurs, c’est plutôt la soupe à la grimace. L’Espagne par exemple, dopé par vingt ans de croissance, se réveille après la crise, sonné: la soupe à la grimace après la fiesta. Le mouvement des «Indignados» illustre ce sentiment de désespérance qui saisit les jeunes outre-Pyrénées: «Nous sommes la génération la mieux formée de l’histoire de l’Espagne et pourtant celle qui a le moins de perspectives d’avenir», disent ces révoltés.
La construction et le tourisme, piliers de l’économique, chancèlent. Au sentiment de non-préparation qui a saisi en 2008 un pays qui voyait l’avenir en rose s’ajoute une impression d’abandon. Résultat: au premier semestre, le pays a perdu 70'000 résidents. Les «châteaux en Espagne» se bâtissent désormais en Allemagne ou en Angleterre. Une jeunesse sans perspectives va chercher son bonheur ailleurs.
Une situation que la Suisse a connu durant de longs siècles: mercenaires, jeunes au pair, précepteurs, combien d’Helvètes ont quitté nos vallées pour d’autres contrées? Partir, c’est mourir un peu. Partir, dans ce cas, était gage d’avenir.
Les statistiques ne rendront jamais compte des sentiments des partants. Ceux des accueillants, par contre, sont largement commentés: les manifestations de racisme, de rejet, d’incompréhension alimentent nos médias. Quitter son pays, sa famille, ses amis, n’a rien d’une partie de plaisir. Descendre parfois jusqu’au plus bas de l’échelle sociale suppose flexibilité et humilité.
En matière d’habillement, le mot soldes fait frétiller. Dans le domaine migratoire, il cache souvent des tragédies. Notre pays, aujourd’hui d’accueil, ne doit pas oublier qu’il fut longtemps de soldes, négatifs…
Bernard Litzler