Le 31 juillet dernier, pour la première fois de ma carrière, j’ai eu à prononcer un discours à l’occasion de la fête nationale suisse. C’était dans un village bernois haut perché baptisé La Ferrière.
Je ne m’en sentais pas vraiment digne étant donné que je ne suis pas de nationalité suisse. Mais qu’à cela ne tienne! L’occasion m’était donné de me plonger dans la rédaction de quelques lignes patriotiques à caractère pastoral. Tout le monde sait que le moment des discours est au cœur même des agapes vespérales: saucisses, salades de pommes de terre, escargot, bière. L’ambiance est festive. L’attention des convives est loin d’être acquise. Voici de quelle manière, je tentai d’attraper l’écoute. J’entonnai un court passage de la strophe 4 de l’hymne national, «Suisse, espère en Dieu toujours!».
Quels sont les premiers signes du déclin de nos civilisations et de nos cultures humaines? A quel moment nos plus belles et grandes réalisations humaines ont-elles commencé à péricliter, dépérir, se détériorer jusqu’à être anéantie? Pensez à la civilisation égyptienne et leurs splendides pyramides, pensez aux Romains et leurs ingénieuses inventions et constructions.
Dès que l’humanité oublie ce qu’elle est, elle chute. Dès que l’humanité se prend pour Dieu, elle tombe. Oublier ce qu’est l’humanité, c’est oublier que le soleil, le ciel, les plaines dont parle l’hymne national suisse ne sont pas notre œuvre. Ils existaient avant notre naissance à nous toutes et tous, et ils continueront, si tout se passe bien, à exister après notre mort.
Oublier ce qu’est l’humanité, c’est croire que nos constructions humaines peuvent avoir la prétention de durer pour l’éternité. Croire que nos réalisations, nos inventions humaines subsisteront à l’infini. Comment un être mortel, comment un être imparfait, comment pouvons-nous espérer construire des choses éternelles?
«Espérer en Dieu, c’est simplement reconnaître ne pas tout savoir de l’univers»
Nos civilisations passées et présentes ont bâti des merveilles. Elles ont exploré le monde et l’univers, elles ont découvert les lois de la nature et de la physique, elles ont inventé des innovations fabuleuses. Mais au moment où elles se sont prises pour des dieux, c’est-à-dire, lorsqu’elles ont cru être le début et la fin de tout. Le début et la fin du monde, du sens de la vie. Elles ont chuté. Perdre de vue que des mystères subsistent encore. Que de nombreuses questions demeurent inconnues. Nous ne connaissons que 3% de notre univers. Personne ne sait ce qu’il se passe après la mort. Même notre corps humain est un grand mystère.
Perdre de vue les secrets qui résistent encore à notre raisonnement et notre entendement, c’est se prendre pour des dieux. Espérer en Dieu dépasse toutes les formes de religion, espérer en Dieu c’est simplement reconnaître ne pas tout savoir de l’univers et de la vie et ne pas tout pouvoir. Espérer en Dieu offre cette capacité à contempler la nature, à s’émerveiller face à cette terre et à accepter d’être une toute petite chose qui passe dans un immense univers qui dure.
L’hymne national suisse a cette sagesse, me semble-t-il, de se référer à Dieu. Ainsi la Suisse se préserve de toute vanité et orgueil humains face à l’univers. Je suis persuadée qu’une nation, un pays qui se coupe de Dieu, de toute idée de transcendance court à sa perte. Dans la brièveté et la fragilité de nos vies se manifeste quelque chose d’éternel. Grâce à la lumière divine, nous nous savons de passage. De passage mais escortés de Dieu. Suisse, espère en Dieu toujours!
Nadine Manson
17 août 2022