Le quotidien Le Temps du 13 novembre attire l’attention sur les djihadistes «made in Switzerland». Ces jeunes qui, de fil en aiguille, finissent par filer un bien mauvais coton. Au nom d’Allah, un idéal émerge: partir se battre en Syrie, rejoindre les soldats valeureux d’une guerre devenue interminable à défaut d’être sainte. L’infiltration des esprits, via Internet, se fait progressivement, comme une mixture scélérate qui macère lentement. Et le geste ultime s’enclenche: rejoindre des groupes armés, s’entraîner, puis s’engager dans les combats, en Syrie. La logique est simple, voire simpliste: il faut lutter contre les infidèles, Bachar Al-Assad et ses soutiens, au nom de la «vraie» foi musulmane. La version moderne des bons contre les méchants, l’idéologie religieuse en plus. Et la version moderne de la propagande, électronique. La radicalisation se fait dans sa chambre, seul face à un écran d’ordinateur. Seul face au poison distillé par la Toile. Une Toile aux araignées invisibles, mais efficaces.«Jeune, cherchant sens à sa vie, prêt à être endoctriné...» Voilà le portrait-robot de ces néo-convertis. Le phénomène concerne tous les pays occidentaux. Environ 400 Français, de souche ou bi-nationaux, une centaine de Belges, des Allemands, des Britanniques, la légion étrangère salafiste ratisse large.De l’autre côté, il n’est pas rare d’entendre les autres jeunes rêver, autrement. Leur rêve prend souvent la forme d’un pays lointain: Etats-Unis, Angleterre, ou mieux encore l’Australie. Il s’agit d’aller loin, de mettre des kilomètres avec son passé, son milieu, sa vie actuelle. Avec l’idée que l’herbe sera plus verte au pays de l’Oncle Sam ou des Aborigènes. Rêve maintes fois répété du plus loin, du mieux ailleurs. Ils se ressemblent quelque part ces jeunes en recherche. La quête mène vers des sentiers infréquentables, du côté de Damas, ou sur des chemins plus policés, vers Canberra ou Sydney.Qui n’a jamais rêvé sa vie, surtout dans ses jeunes années? Reste à espérer que les voies ne soient pas trop tortueuses. Et à ne pas oublier que le vrai voyage est intérieur.Bernard Litzler