Un pape argentin… C’était il y a un an sur la Place Saint-Pierre. La surprise totale. Un homme inattendu est arrivé, le 13 mars, devant la foule romaine. « Buona sera » « Bonsoir.. » : le rythme était donné, en douceur. Le nouvel homme en blanc, Jorge Bergoglio, a parlé. Tout était là, déjà : sa manière de demander, humblement, de prier pour lui, les formules chaleureuses, la proximité de cœur avec les Romains et, par-delà, avec l’Eglise universelle.Un rythme doux avant de commencer à donner la mesure. Le Vatican s’est mis au tango. Et les pas sont donnés par un maître de danse qui impose sa manière : réforme de la Curie, constitution du groupe de huit cardinaux conseillers, consultation des fidèles sur les questions familiales, réorganisation de la banque vaticane, voyage éclair à Lampedusa, discours aux formules tranchantes. Le pape François a façonné son image. Et son message. Qui plaît, séduit même au-delà de l’Eglise catholique. Il fustige les « évêques d’aéroport » absents de leurs diocèses, il déplore la médisance entre gens d’Eglise, il convie à l’humilité, il encourage les jeunes, se dit incapable de juger les homosexuels, appelle à considérer l’Eglise comme « un hôpital de campagne » avec ses blessures multiples. Il y a de la bonne pâte d’Evangile en cet homme de 77 ans (déjà !) qui prend dans ses bras les petits enfants et les handicapés.Ce nouveau tango est fait de pas renversants, de changements de direction non prévus, de discernement et d’impulsivité assumée, d’attention paternelle à la situation de l’Eglise. Car le pape argentin concentre en sa personne les vertus espérées d’un homme d’Eglise enraciné en son temps : ouvert, profond, non jugeant. Ouvert au monde, façonné qu’il est par sa double origine, italienne et argentine, profond grâce à une spiritualité incarnée, celle des jésuites, non jugeant car ancré en Christ.Et quelle belle image que celle des deux papes, le nouveau et l’ancien, présents tous deux au Vatican. Benoît XVI a été en quelque sorte l’ordonnateur de cette surprenante mutation. Et François y contribue de toute sa dimension pastorale, jour après jour. Dans la musique de ce temps, ce tango au Vatican a le goût d’un pas de danse céleste.Bernard Litzler