«Tels que nous sommes, Dieu nous accepte!» Slogan qui traverse nos existences et constitue en lui-même une clef pour vivre bien, quelles que soient les circonstances. Je vous invite à un voyage dans trois univers, trois vies, trois histoires différentes mais cependant bien humaines: Un film sorti en 2021, une rencontre pastorale en mars 2022, et enfin un livre du philosophe et théologien Paul Tillich. Les trois événements célèbrent chacun à leur manière la puissance de cette affirmation: «tels que nous sommes».
Au cinéma
Un biopic sorti récemment reprend l’histoire du couple américain de télévangéliste Tammy et Jim Bakker. Leur histoire se déroule dans les années 1970. Le film retrace leur fortune puis leur terrible déchéance liée à des scandales sexuels et des malversations financières.
Tammy et Jim Bakker semblent croire véritablement en Dieu et leur message évangélique, leurs chants, leurs prières sonnent vrais. Ils ont l’air d’être à la fois portés par leur foi et capables de transmettre cette confiance à travers les ondes télévisuelles et radiophoniques. Naturellement, leur disgrâce ne plaide malheureusement pas en faveur de l’authenticité de leur prédication. Avoir cédé aux sirènes des abus sexuels et des corruptions financières poussent à crier à l’escroquerie, non seulement de leur comportement, mais plus tragiquement du message chrétien dont ils se proclamaient ambassadeurs. Tout est indistinctement décrié et discrédité.
«Dans notre quotidien, quelque chose qui dépasse notre quotidien est sans cesse, puissamment, infiniment à l’œuvre»
Tammy Baker perd tout. Mais elle lutte malgré tout. Au plus bas, méprisée, elle témoigne encore de sa foi. Elle n’est pas vide. Elle se soigne et guérit du naufrage de son existence. En confirmant, en larmes, que Dieu nous accepte tels que nous sommes. Tout est dit pour elle.
Dans un livre
En mars 2022, quelque part dans le Jura bernois, une rencontre pastorale se termine par la présentation du livre Comment gérer les personnalités difficiles, des psychiatres François Lelord et Christophe André. Ce livre décrit différentes personnalités difficiles et grâce à un plan méthodiquement bien conçu vous permet, d’une part, d’identifier rapidement quelle attitude adopter en fonction de ces personnalités difficiles, et d’autre part, de déterminer la nature de nos propres tendances difficiles. Et cela grâce à deux pages proposant à chaque fin de chapitre respectivement une liste de «faire»ou «ne pas faire» et un questionnaire auquel répondre personnellement.
«Paul Tillich a vécu dans sa chair ce dont il parle de manière systématisée dans sa pensée: un courage d’exister, le courage d’être»
Rapidement se brosse un portrait de soi qui met en lumière nos tendances difficiles et la complexité de la personnalité. Anxieuse, paranoïaque, histrionique, narcissique, schizoïde, dépressive, sociopathe, borderline? Il y a au moins une combinaison qui nous ressemble un peu.
Le livre termine en se distançant de toutes catégorisations excessives de nos personnalités. Nous sommes protéiformes selon les époques de nos existences et ce que nous traversons. L’essentiel est tout simplement de nous accepter au quotidien tels que nous sommes.
En théologie
En 1950, à l’Université de Yale (Connecticut), Paul Tillich, professeur de théologie et de philosophie, donne une série de conférences qui serviront de base à l’un de ses ouvrages les plus fondamentaux: Le courage d’être. Paul Tillich s’oppose à l’idéologie nazie, alors qu’il enseigne dans les grandes universités en Allemagne. Naturellement en 1933, une fois Hitler élu chancelier, il est révoqué et interdit d’enseignement dans les universités allemandes. Il doit quitter son pays et trouve refuge aux États-Unis. Réfugié politique et idéologique. Déraciné de sa culture allemande. Philosophe intéressé par la découverte de l’autre et de soi-même. Théologien préoccupé et ouvert à la profondeur esthétique de la vie.
Dans Le courage d’être, toutes ces facettes sont condensées en quelques pages. Le philosophe et son érudition, le théologien et son intense intuition. Il a vécu dans sa chair ce dont il parle de manière systématisée dans sa pensée: un courage d’exister, le courage d’être.
«Savoir que notre existence est désormais par sa participation constitutive à la puissance divine, une existence acceptée»
Que ce soit donc par le cinéma, ou la lecture d’un livre, ou encore l’œuvre d’un penseur, le slogan «Tels que nous sommes, Dieu nous accepte» revient telle une incontestable clef de foi. La clef de l’expérience d’accepter d’être accepté par Dieu. Le courage de sentir qu’il y a quelque chose, Dieu, qui transcende infiniment ce que nous sommes. Le courage de prendre conscience du fossé infini entre Dieu et ce «ce que nous sommes».
D’accepter que Dieu, dans sa puissance, dépasse et contienne tout ce qui est: nous individuellement, le monde, l’univers. Et savoir que notre existence est désormais par sa participation constitutive à la puissance divine, une existence acceptée. Dans notre quotidien, quelque chose qui dépasse notre quotidien est sans cesse, puissamment, infiniment à l’œuvre. En dépit de ce que nous sommes ou pas, que nous nous jugions acceptables ou pas, tels que nous sommes, Dieu nous accepte.
Nadine Manson
13 avril 2022