Enfin l'Evêque nouveau-né est là, après treize mois de gestation! S'il paraît plus long de faire un évêque qu'un bébé, il demeure légitime de s'interroger si nous le faisons bien dans le diocèse de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel. La manière actuelle procède du Droit Canon. Serait-il justifié, au vu des difficultés de cette longue année d'absence, de demander à Rome une voie d'exception pour LGF&N', comme il se fait dans d'autres diocèses de Suisse?Lors de la conférence de presse du jeudi 3 octobre 2011, jour de délivrance, Monseigneur Farine a apporté quelques éléments au crédit de la procédure canonique: "J'ai examiné la nomination des évêques grosso modo depuis le XIXe siècle. Au XXe siècle nous observons trois épiscopats qui ont duré 25 ans chacun, ceux de Mgr Besson, Mgr Charrière et Mgr Mamie. Et à chaque fois ça a été absolument extraordinaire. Le choix a été le bon! Alors faut-il remettre en question la procédure?"
Et Monseigneur Morerod de répliquer dans la foulée en soulevant les rires de l'assistance: "25 ans, ça fait un peu perpète!" Après cette prise de conscience, peut-être douloureuse, il poursuit: "On imagine le Vatican comme une énorme machine alors qu'il s'agit en fait d'un ensemble de dicastères où pas assez de monde travaille. L'argent manque pour engager plus de personnel et l'on peine à trouver des gens intéressés par ce type de service. Et donc le processus de nomination s'en trouve ralenti."Au mois de mai dernier, Charles Morerod apparaissait déjà en pôle position dans la course à la succession. L'ancien Nonce apostolique à Berne, Mgr Francesco Canalini, avait tout entrepris afin de boucler le dossier avant son départ en retraite. Si l'enquête semblait terminée, voilà qu'il fallut encore cinq mois de contractions. Contactée au début du mois de septembre, la nonciature nous confirmait qu'en ce qui les concerne, la procédure était achevée. Or, Monseigneur Morerod a certifié devant la presse qu'il n'a été approché officiellement que le 18 octobre!Quelle lenteur! Les semaines s'égrainent comme des heures. L'explication est pourtant toute trouvée. Il ne s'agit pas d'engager un sans-emploi, comme s'il y avait un type oisif qui patiente gentiment avant de devenir évêque. Il est aussi difficile de trouver un bon candidat pour le fauteuil épiscopal, que de retirer une personne excellente du poste clef qu'elle occupe. Le Maître de l'ordre des dominicains ne voulait pas céder son bébé, accessoirement recteur de l'Université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin, au diocèse LGF&N'. Mais le Pape l'a contredit; il nous offre Monseigneur Charles Morerod. Merci au Saint-Père de sa générosité. Merci à l'ordre des dominicains, on leur souhaite une bonne et saine restructuration. (Peut-être étaient-ils les seuls à pouvoir supporter pareille perte?) Quand à la procédure de nomination, on en reparlera sans doute dans 25 ans.Pascal Fessard