«Pour moi, vivre c’est le Christ»: la devise de Charles Morerod a fait florès lors de la consécration du nouvel évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, ce 11 décembre. Touche artistique et fraîcheur enfantine, un panneau avec la phrase lui a été offert par des enfants portant bredzon et dzaquillon. Quant au pasteur fribourgeois Daniel de Roche, il a indiqué, en lien avec la devise épiscopale: «Le Christ a une faculté hors du commun de percevoir ses vis-à-vis». Il a ajouté une note toute alémanique en souhaitant un bon «Gspüri» au prélat. «Gspüri»? Le genre de mots intraduisibles… Cela tient du français «intuition» ou de l’anglais «feeling». Souhaiter du «Gspüri», voilà qui n’était pas banal.Mais rien dans cette nomination ne l’a été, banal. Un dominicain, enseignant, parti à Rome depuis une quinzaine d’années. Un homme peu connu dans son canton, mis sur la liste des «épiscopables», puis écarté. Un Bullois, enfant unique d’un couple mixte, qui a mené une brillante carrière académique. Un théologien plus habitué des débats de haut niveau avec les orthodoxes ou les anglicans qu’avec ses futurs diocésains. Un homme de son temps, familier de Facebook.Que l’évêque sente les situations, les pressente, les intuitionne. Le souhait, émanant d’un réformé, a saveur d’Evangile vécu ensemble, de combats menés au nom de la foi. Charles Morerod a le mérite de prendre les choses comme elles viennent. Conscient que sa tâche ne sera pas facile. Humble pour ne pas prétendre changer un monde qui méconnaît le Christ. Mais avec un désir ardent de proposer la foi, d’appeler à vivre en Christ, sa source profonde, et de promouvoir une vie écrite à l’encre du bonheur.Dans sa bulle de nomination, le pape exhortait le nouvel évêque à «exalter l’efficacité de l’intelligence humaine, de façon que les fidèles se pénètrent des vérités célestes et répondent aux exigences nouvelles d’une culture qui progresse en proclamant que "Vivre, c’est le Christ"». Intelligence et «Gspüri», un mariage pour un ministère fécond, en Christ.Bernard Litzler