Deux ministres allemand et français ont récemment été obligés de quitter leur fonction, de même pour le Grand Rabbin de France, preuve que le mensonge n’épargne pas les autorités religieuses. L’économie de marché proscrit le mensonge par action. Toute déformation volontaire d’une situation réelle lors de la conclusion d’un contrat, toute information fausse dans un CV ou tout emprunt à l’écrit d’une autre personne sans son consentement (cas de plagiat) sont lourdement sanctionnés quand ils sont révélés.Si les exemples récents abondent, cette question du mensonge doit être toutefois considérée avec mesure. Il faut tout d’abord rappeler que le mensonge est cité dans le Décalogue sous la forme du faux témoignage contre son prochain. La précision est importante. Le mensonge est condamné à ce niveau parce qu’il nuit à autrui. La question essentielle est donc celle du respect que l’on doit accorder à l’autre mais aussi à soi-même. Le mensonge qui vise à faire du tort à l’autre est toujours pernicieux. Dans la vie sociale, le mensonge ne peut être accepté que s’il respecte la dignité des personnes. Ainsi est-il licite de mentir pour protéger ou sauver une vie.C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le travail d’éducation à la vérité. Il ne s’agit pas de faire l’apologie d’une transparence dont nous sommes bien incapables, mais d’apprendre à faire la vérité. Dans ma profession j’ai été frappé par les mensonges des jeunes gravement blessés par les circonstances de la vie. Ils disent spontanément aux personnes qui les écoutent ce que celles-ci veulent entendre. Il leur faudra souvent plusieurs années et beaucoup d’amour pour parvenir à dire leur vérité. Très souvent la peur ou la honte sont source de mensonge. Rappelons–nous Pierre dans la cour du Grand Prêtre au moment de la Passion. Et pourtant le Christ va faire de Pierre le premier responsable de son Eglise. En tant qu’adulte il faut éviter de juger trop vite le mensonge de son prochain même si celui-ci nous blesse profondément.Un dernier point me paraît important en tant que scientifique. Il s'agit des libertés que nous pouvons prendre eu égard à la réalité de l’expérience ou de l’analyse. Ces libertés sont contraires à la vérité que doit rechercher tout homme de science. Récemment en interrogeant un étudiant sur son mémoire de master, celui-ci s’excusait presque de ses doutes et de ses questions parce qu’il recherchait la vérité. Je l’ai chaleureusement félicité et ai pensé à toutes ces études en sciences sociales ou en sciences humaines dont les bases scientifiques sont particulièrement friables, faute de références suffisantes aux travaux antérieurs ou parce que l’on a interrogé vingt personnes au lieu de deux cents. Certes la pression de la publication est excessive pour de jeunes chercheurs qui veulent faire carrière Mais ces contrevérités peuvent être destructrices pour ceux et celles qui les profèrent ou les lisent.St Jean dans son évangile reprend cette parole du Christ: «la vérité vous rendra libres». Il n’est pas trop d’une vie pour en comprendre le contenu et en mesurer l’importance.Jean-Jacques Friboulet