Chers cardinaux électeurs,Lundi 11 mars, devant le Vatican. Je suis avec les photographes. Vous quittez la dernière Congrégation générale, ultime rencontre de tous les cardinaux de l’Eglise. Vous avez fait le bilan, tiré les conclusions. Demain, on passe au conclave. Vous sortez du Vatican, certains en voiture, d’autres à pied. Parmi ces derniers, un certain Bergoglio, souriant, qui fait un petit signe aux photographes.Mardi 12 mars. dans la basilique Saint-Pierre. Messe pour l’élection du souverain pontife. Je guette votre sortie, comme bien des personnes. La longue file des «robes rouges» semble souriante, presque légère. On devine les pensées et les sentiments qui doivent vous habiter. Il faut élire un pape, nous le ferons. Le soir même, sur la Place St-Pierre. première fumée. Noire, volumineuse, longue. Un premier tour sans résultat. C’était attendu…Mercredi 13 mars, Place Saint-Pierre. Je suis dans la foule, à la fois calme et attentive, qui a conflué vers le Vatican dès l’annonce de la fumée blanche. Le pape est annoncé: le cardinal Bergoglio, qui s’appellera François! Surprise totale! Et François apparaît, salue, fait prier, demande que la foule le bénisse. Tout semble irréel: un pape argentin, au sourire un peu figé et au doux nom de François.Aux fenêtres voisines, vous les cardinaux, vous scrutez les premiers gestes du pontife. J’ai envie de vous dire: «Vous nous avez eu!…». Aucun d’entre nous n’était préparé à un tel pape. Personne n’avait misé sur lui. Tous les journalistes vont s’agiter pendant la nuit pour trouver des éléments de biographie. Cinq tours de scrutin, un élu en deux jours, un Argentin inattendu, un ami des pauvres. «Vous nous avez eu, nous les journalistes, les spécialistes, les observateurs…». Bergoglio, le pape François! Mission réussie, amis cardinaux. Encore un coup de l’Esprit saint. Merci de lui avoir été fidèle.Bernard Litzler