Nous allons devoir voter prochainement sur l’initiative 1:12 des jeunes socialistes. Cette initiative me paraît répondre à un problème mal posé. En effet, dans la plupart des entreprises suisses, en particulier les PME, l’écart des rémunérations est inférieur à 1:12. L’adoption de l’initiative ne concernerait que les très grandes entreprises souvent multinationales. Le Centre de recherches conjoncturelles de l‘Université de Zürich a calculé que seraient concernés 193 000 cadres et managers (dans 1,5% des entreprises). Faut-il rappeler qu’il y a près de 5 000 000 de personnes qui travaillent en Suisse.Est-ce à dire que des écarts de 1 à plus 200 comme chez Novartis, Roche, Nestlé ou ABB sont fondés et légitimes? Non bien sûr et j’ai pris position à l’époque en faveur de l’initiative Minder qui vise à responsabiliser les actionnaires et à éliminer les abus les plus criants. Mais la méthode choisie par les jeunes socialistes n’est pas bonne pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’elle n’aidera pas à relever les rémunérations les plus basses. Les top-managers qui obtiennent ces bonus les obtiendront autrement sous forme de dividendes ou de rémunérations en nature. Cette initiative n’améliorera pas la situation des working-poor.Ensuite parce que quelques-unes de ces entreprises déplaceront leur siège ailleurs, histoire d’échapper à la loi. Les victimes à ce niveau seront les salarié(e)s qui perdront leur emploi. Il faut toujours prendre en considération le fait que la Suisse n’est pas une île et que dans une économie mondialisée le capital est plus mobile que le travail.
L’argument des finances sociales n’est pas à négliger. Les quelques privilégiés qui touchent ces rémunérations paient dans notre pays beaucoup d’impôts et de cotisations sociales. Ces sommes manqueront à un moment où il faut équilibrer les régimes sociaux et où les cantons sont plutôt en manque d’argent.Deux éléments plus fondamentaux doivent être pris en compte. Nous connaissons en Suisse la liberté du travail. Certes l’Etat doit protéger la santé des travailleurs et leurs droits, favoriser les conventions collectives et si nécessaire fixer des contrats types en cas de dumping salarial dans les cantons frontaliers. Mais sauf à interférer gravement dans la vie des entreprises il ne peut intervenir sur l’échelle des rémunérations. La liberté du travail est un bien précieux. Elle favorise la prospérité de tous comme l’ont démontré toutes les expériences historiques. Elle a toujours été défendue par l‘enseignement social-chrétien, opposé sur ce sujet aux idées socialistes.L’Evangile de dimanche dernier et l’histoire de Zachée indique aux chrétiens quel doit être leur rapport aux personnes riches et à la richesse. Si la richesse doit être redistribuée par le biais de l’impôt et des prestations sociales, si elle doit être partagée au sein de nos familles et de nos communautés, il ne faut en aucun cas l’assimiler aux personnes qui la détiennent. S’en prendre aux riches est une erreur qui peut flatter quelques-uns mais est destructrice de l’éthique sociale. Il faut faire respecter les droits fondamentaux de chacun y compris des plus faibles mais ne pas clouer les personnes au pilori sous prétexte qu’elles sont riches. Si jésus avait fait de même, il n’aurait jamais connu Zachée et cela aurait été pour lui et pour nous une grande perte.Jean-Jacques Friboulet