Le 8 décembre est le jour du Grand Pèlerinage diocésain sur notre colline de Notre-Dame du Kasaï! Les jours précédents, la préparation allait son train habituel c’est-à-dire africain (mais je commence à m’y faire), quand une idée inhabituelle m’intéressa. On m’a demandé de faire deux panneaux «ZONE DE SILENCE» à mettre aux deux bouts de la route de chaque côté du sommet de la colline où se trouve l’esplanade des sanctuaires et où auront lieu la veillée du samedi soir et la grand-messe du dimanche matin, qui attirent plusieurs milliers de pèlerins.Zone de silence! L’inscription a été faite en français; le silence est si peu dans les habitudes ici qu’on a eu de la peine à me donner une traduction en ciluba. C’est presqu’un mot rare. La réalité encore plus. Un jour j’avais voulu faire une homélie sur les bienfaits du silence dans la vie chrétienne. Un ami a avoué à la sortie de la messe que mon sermon fut... incompréhensible. A quoi cela sert le silence?Pourtant les choses semblent évoluer et peut-être mes deux panneaux vont-ils servir à quelque chose. Pourquoi cette colline, lieu calme surplombant le fleuve dans un décor chargé de tous les verts du monde, pourquoi cette colline ne serait pas aussi un lieu de sérénité et de paix dans ce pays qui en a tant besoin?...Les pèlerins ont afflué. La colline a ressemblé à un petit Woodstock catho... Les sons de toutes sortes ont assourdi la journée et le soir la pelouse est jonchée de détritus de toutes espèces...Mes panneaux ont certes été vus. J’ai été félicité pour la calligraphie... Sans doute petit à petit le silence s’insinuera comme une richesse inestimable. Le Congo a toutes les richesses du monde dans son sous-sol, pourquoi pas le silence dans son sous-cœur!Guy Luisier