Jn 17, 11b-19 | Jeanne-Marie d'AmblyJésus prie. Et sa prière révèle toute une géographie: les espaces de vie du disciple. Espaces peu habituels: le nom du Père et la vérité de sa parole. Entre deux, un espace ambivalent: le monde. C’est la carte du ‘biotope’ des disciples.Garde mes disciples unis dans ton nom. Une unité qui dépasse tous les rêves d’harmonie et de communion, l’unité même du Père et du Fils. Quel est ce nom dont l’empire est tel qu’il garde les disciples en communion? C’est au nom du Père que Jésus se réfère. Pas de véritable fraternité si l’on ne se reconnaît pas du même Père. Dans un tout récent petit livre d’une exigeante lucidité[1], le philosophe musulman Abdennour Bidar interpelle ses “frères et sœurs humains de tous bords et de toutes origines” pour les inviter “à quelque chose de très simple, de très beau et de très difficile à la fois: la fraternité”. Est-elle possible cette fraternité sans demeurer dans le nom du Père? Les mots de Jésus, prière adressée au Père, sont aussi mission confiée aux disciples : demeurant – ou devenant! – unis dans le nom de Père, diffuser le goût de la fraternité. Mission d’une urgente actualité!La cartographie déployée par la prière de Jésus conduit vers un autre espace constitutif du ‘biotope’ des disciples, la vérité de la parole. Sanctifie-les dans la vérité, ta parole est vérité. Une vérité qui n’est pas un savoir à posséder, mais un espace dans lequel le disciple est introduit et dont il devient participant – plongé dans le feu, le fer participe du feu. Etre plongé dans la vérité de Dieu qu’est sa parole c’est en être brûlé – au moins un peu. Brûle-les de ta vérité. La prière de Jésus est dangereuse. Elle ne promet pas aux disciples une assurance tout-risque mais une prise de risques.Ceux-ci nous ramènent à l’espace qui occupe le centre de la prière de Jésus en ce dimanche, le monde. Espace ambivalent, dont les disciples ne doivent pas être retirés – qui est donc, lui aussi, constitutif de leur ‘biotope’. Et pourtant espace hostile, auquel ils n’appartiennent pas. Espace à risques, qui exige d’être gardés du Mauvais, l’Adversaire qui s’oppose à l’œuvre de Dieu. Diviseur, diabolos, il cherche à détruire l’unité des disciples et père du mensonge à pervertir la vérité de la Parole. Face à ses agissements, la prière de Jésus fait la force des disciples.Elle fixe aussi le cap à tenir: unis dans le nom du Père et sanctifiés dans la vérité, pour avancer sur une ligne de crête – être envoyés dans le monde sans appartenir au monde.[1] Plaidoyer pour la fraternité, Albin Michel, 2015
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là,
les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
« Père saint,
garde mes disciples unis dans ton nom,
le nom que tu m’as donné,
pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
Quand j’étais avec eux,
je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné.
J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu,
sauf celui qui s’en va à sa perte
de sorte que l’Écriture soit accomplie.
Et maintenant que je viens à toi,
je parle ainsi, dans le monde,
pour qu’ils aient en eux ma joie,
et qu’ils en soient comblés.
Moi, je leur ai donné ta parole,
et le monde les a pris en haine
parce qu’ils n’appartiennent pas au monde,
de même que moi je n’appartiens pas au monde.
Je ne prie pas pour que tu les retires du monde,
mais pour que tu les gardes du Mauvais.
Ils n’appartiennent pas au monde,
de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
Sanctifie-les dans la vérité :
ta parole est vérité.
De même que tu m’as envoyé dans le monde,
moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux je me sanctifie moi-même,
afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »