Les programmes TV de Noël, de facture principalement américaine, regorgent d’histoires sentimentales et de bonnes intentions. Sapins et décorations lumineuses, cadeaux et vœux de fêtes en constituent le décor naturel, reproduisant sans surprise l’American Way of Life.
On est bien loin de la rudesse militaro-politique et de la voracité
capitaliste à la Donald Trump. Pourtant, j’avoue m’être laissée prendre à ces
scénarios immuables. C’est comme si un narrateur unique avait composé une suite
incessante de fêtes de Noël, ponctuées de Christmas Carols à répétition. La vie
des hommes, des femmes et des enfants est pour ainsi dire relue à la lumière de
l’incarnation, dans une perspective intense d’amour et de reconnaissance.
Devant ces histoires cousues de fil blanc, il m’est arrivé d’éprouver de
l’émotion, comme si le mode de vie américain devenait soudain le support
symbolique d’une foi chrétienne plus universelle.
"Malgré ces reculs et ces replis, Noël reste la fête de l’amour"
J’écris ces lignes pour le jour de Noël, non sans que
résonnent en moi, comme en des milliers d’Occidentaux de par le monde, de
sérieuses interrogations au sujet de la signification de Noël et de la foi au
cœur même de la réalité moderne. Ce n’est pas tant le folklore de Noël que sa
pertinence même qui semble devenue problématique pour la plupart de nos
contemporains. La place même de la religion ne paraît plus aller de soi dans
notre univers informatisé et technicisé. L’influence du christianisme est en
recul, aussi bien celle du catholicisme que, plus encore, celle du
protestantisme réformé. Les splendeurs des liturgies de Noël, certes, sont
encore largement partagées et répandues. En Afrique, en Amérique latine et en
Asie, les Eglises évangéliques sont particulièrement vivantes et fréquentées.
La crise religieuse semble toucher plus durement le monde occidental, la
chrétienté européenne en tête.
Malgré ces reculs et ces replis, Noël reste, au cœur de
l’humanité, la fête de l’amour, la célébration même discrète de la
réconciliation humaine. Cet événement n’a pas besoin nécessairement des
guirlandes multicolores et des sentiments débordants pour que surgissent la
paix, le pardon, la lumière.
Partout sur notre petite planète, il y a encore des milliers
d’hommes et de femmes de bonne volonté, des enfants au cœur doux, des témoins
du Royaume qui vient. Gardons cette lueur brillant au plus profond de notre
être.
Denis Müller
25 décembre 2019