Lc 24, 35-48 | Sr Jeanne-Marie d’AmblyLes disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Ce qui s’était passé sur la route et la fraction du pain: il faut les deux, la parole de Jésus qui rend les cœurs tout brûlants et le pain rompu, pour que les yeux s’ouvrent. Que dit-elle cette parole de Jésus sur la route d’Emmaüs? Qu’il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire. Et le pain rompu? N’est-il pas figure du corps livré? Il y a là un fil rouge à suivre, rouge du sans versé et de la vie donnée.Jésus a disparu à Emmaüs en se faisant reconnaître par la fraction du pain. Se rendant présent à Jérusalem, il donne à voir ses mains et ses pieds, reconnaissables à la trace des clous. Jésus a placé sa vie et son œuvre sur les lignes de fracture de l’humanité blessée, c’est là qu’il se fait reconnaître et là que ses disciples, hier comme aujourd’hui, sont à leur place, car c’est ici que s’entrevoit la lumière de la résurrection, écrivait Pierre Claverie (évêque d’Oran, assassiné en 1996), qui avait fait le choix de se tenir sur l’une de ces lignes sismiques, en demeurant en Algérie pendant la décennie noire des années nonante, jusqu’à y donner sa vie.Mais pour que la fraction du pain et la trace des clous deviennent signes de la présence du Ressuscité, il faut une parole qui ouvre l’intelligence à la compréhension des Ecritures. Une parole qui, tissant des liens entre les Ecritures et les événements, fasse parler les Ecritures et les événements. Il faut l’aller-et-retour entre l’Ecriture et la Mort/Résurrection de Jésus pour que l’une et l’autre deviennent Parole.Il faut aller de la vie blessée de l’humain à l’Evangile et de l’Evangile à la vie blessée pour y reconnaître la présence de Jésus le Christ. A nous d’en être les témoins.